Création spontanée ou longuement travaillée ?
on février 3rd, 2012 at 16 h 06 minSi l’on en croit Matisse : « … Je devrais dire c’est après 50 ans d’efforts… » (Voir le dessin enseigné par les maîtres).
Ou encore lorsqu’il évoquait le temps où il enseignait le dessin, à l’académie qu’il avait fondée en 1908, dans l’ancien couvent des Oiseaux, rue de Sèvres, « …inutile de vous dire combien mes élèves furent étonnés de voir qu’un maître réputé révolutionnaire, pût leur répéter le mot de Courbet : « j’ai voulu simplement puiser dans l’entière connaissance de la tradition le sentiment raisonné et indépendant de ma propre individualité. ».
Alors qu’en est-il de la création spontanée, de cette inspiration porteuse, de ce jet créatif qui devrait envahir la toile ?
Examinons ce que dit Georges Mathieu. Dans son livre « Désormais seul en face de Dieu », dans la section « APPROCHES DE LA CRÉATION PURE » il nous explique les mécanismes de l’abstraction lyrique.
« Il est évident que consciemment ou non, certains contrôles opèrent, et certains réflexes interviennent. En l’absence totale de préméditation, l’artiste demeure seul devant sa toile blanche. Seul, bien sûr, avec son métier. Son métier, c’est-à-dire ce qu’il sait d’une somme d’expériences ou de contraintes après des millions de gestes et des centaines d’oeuvres.… »
On pourrait continuer ainsi à citer des maîtres est arriver à la même conclusion : le métier, la connaissance, les techniques sont des éléments clés.
Dans le domaine de l’art, nous avons deux mondes qui se rencontrent : le monde de l’esprit et le monde matériel. Le premier n’est fait que de création instantanée, on tend la main et une fleur apparaît, on pense une forme et elle est là. Le deuxième est constitué de force et d’efforts. La gravitation fait couler la peinture, des réactions chimiques empêchent les couleurs de sécher ou altèrent les couleurs, un courant d’air fait tomber la toile…
Ainsi, on s’aperçoit qu’il existe des façons de s’y prendre et c’est ce qu’on appelle des techniques.
Il a été dit qu’elles brimaient la création ? La seule chose qui peut brimer la création c’est de vouloir en faire une fin en soi. La Sainte pureté de l’aquarelle, les grands secrets des techniques flamandes, prosternez-vous on va vous révéler les grands mystères. À ce moment-là les impulsions créatrices sont submergées par l’importance des techniques. Ce mécanisme est reconnaissable entre tous. Dès que l’on présente les techniques comme quelque chose de dur, d’ardu, d’impossible à conquérir, de mystérieux on peut être à peu près sûr qu’on en a fait une religion. Fuyons mes frères !
Fuyons oui, mais trouvons les bonnes techniques et travaillons-les sans contrainte et de manière … créative!
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